Florence Sandis : « Brisez le plafond de verre : 12 clés pour réussir au féminin »

Quel est votre parcours professionnel ? 

Après des études de politique et de communication (Sciences-Po Paris, DESS de Communication audiovisuelle), je me suis tout de suite lancée dans la création audiovisuelle.

Depuis 20 ans, tour à tour scénariste  journaliste, réalisatrice  productrice, j’ai conçu des programmes (séries, fichions, documentaires) pour toutes les grandes chaînes de télévision françaises.

J’ai également assuré la rédaction en chef d’un magazine hebdomadaire sur le bien-être «  My Teva » qui m’a permis d’exploiter ma passion parallèle pour le développement personnel.

Je me suis d’ailleurs formée à l’hypnose (diplômée de l’école française d’hypnose en 2007) et j’ai écrit plusieurs livres jusqu’au dernier « Brisez le plafond de verre : 12 clés pour réussir au féminin » (Editions Michel Lafon) paru cette année.

Quel a été le déclencheur pour vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

La première fois, c’était après avoir quitté de grands groupes, Saban-Disney où j’étais restée 10 ans, puis TF1.

J’avais besoin de liberté et j’ai adoré travaillé à mon compte en créant ma société 110 Prod.

Quand j’ai réalisé que mon but était plus d’avoir une structure pour facturer mes prestations que de développer une grosse activité, j’ai fonctionné comme indépendante.

Aujourd’hui, avec le succès de mon dernier livre, et pour répondre aux diverses demandes d’interventions comme conférencière ou consultante en entreprise, je viens de créer ma propre agence de conseil et d’accompagnement des talents : Brisez le plafond de verre.

Ce qui change, c’est que je n’ai plus peur de grandir, bien au contraire !

Et tout s’enchaîne naturellement.

Sans doute, écrire ce livre m’a-t-il beaucoup aidée : il m’a permis d’intégrer et d’appliquer complètement les conseils que j’y donne.

Avez-vous rencontré des difficultés ? En tant que femme ?

Dans ma carrière audiovisuelle, oui. Même si c’est un milieu où il y a beaucoup de femmes, les comportements sont encore trop souvent sexistes. J’ai connu par exemple, très jeune, du harcèlement sexuel à l’embauche dans un grand groupe de télévision.

C’était le job dont je rêvais et la déception n’en fut que plus forte. J’ai tourné le dos, sans commentaire, et sacrifié ce poste. Aujourd’hui, je dénoncerais ces agissements car c’est totalement injuste que ce soient les victimes qui en paient le prix.

En tant que jeune entrepreneure, à présent, et en me positionnant en particulier dans l’accompagnement de femmes,  je découvre en fait plus de facilités en tant que femme que de freins, et un précieux réseau d’entraide entre quelques belles personnes que j’ai eu la joie de rencontrer.

On échange nos clés, comme avec vous, et cela crée une émulation. Certaines clientes me recommandent avec une telle chaleur que j’en suis étonnée.

Je crois de plus en plus profondément, et encore plus après avoir interviewé une centaines de dirigeantes, que c’est en nous entraidant entre femmes, mais aussi en associant et en sensibilisant les hommes à nos combats, que nous surmonterons les difficultés et les inégalités.

Comment gérez-vous votre carrière de cheffe d’entreprise ? 

Je bosse énormément, c’est l’écueil quand on est son propre patron mais, en même temps, comme j’adore ce que je fais, ce n’est pas une charge, je m’amuse vraiment, je suis curieuse et je suis toujours nourrie.

Je n’hésite jamais à aller à des événements professionnels, souvent c’est même moi qui les organise (comme avec le MediaClub).

Surtout j’aime l’altérité, j’aime les gens. Les accompagner et les voir progresser est donc une immense source de satisfaction.

Je n’ai jamais fait de plan de carrière, je me suis souvent laissée orienter par des rencontres et guider par mes idées. J’ai dû me faire violence pour entrer dans la matière, pour accepter ma part masculine.

Mais j’en tire une plus grande force aujourd’hui, je sais mieux, par exemple, planifier mes objectifs.

Ce qui ne m’empêche pas d’accorder toujours une place particulière à la «  sérendipité »  (l’art de trouver ce que l’on ne cherchait pas) qui a joué un grand rôle dans mon parcours…

Quels sont les conseils que vous pouvez donner aux femmes qui souhaitent suivre vos traces ou tout simplement aller au bout de leur rêve ?

Le même que je donnerais aux hommes : allez au bout de vos rêves oui, mais ne vous trompez pas de rêve !

C’est ce que je dis aussi bien à mes étudiants en master qu’aux personnes que j’accompagne en entreprise : il est fondamental de se poser les bonnes questions quand on choisit sa voie ou que l’on décide de se réorienter.

Qu’est-ce que vous avez d’unique? Qu’est-ce que vous savez faire que personne d’autre ne pourra faire ? C’est une question que m’avait posée Jacques Attali il y a plus de 10 ans et que je n’ai jamais oubliée.

Au départ, on répond « mais je ne suis pas unique, plein de gens peuvent faire ce que je fais ! » et puis, on se rend compte que non, on ne fera jamais les choses comme les autres car on est singulier.

Par notre histoire familiale, sociale, par notre éducation  nos expériences, nos émotions, les obstacles que nous avons rencontrés et la façon dont nous les avons surmontés, nous  aborderons un travail d’une façon forcément différente des autres.

Certes, ce n’est pas facile de définir sa singularité, cela revient à définir qui l’on est vraiment… Mais nous pouvons aborder la question sous un angle pragmatique. Je donne ainsi dans mon livre (« Brisez le plafond de verre »)  plusieurs exercices pratiques très efficaces pour avancer justement dans la définition de  sa singularité afin d’en faire un atout professionnel.

C’est un point que j’estime crucial car là où vous serez vous-mêmes, vous serez forcément excellente ! Comme je le dis souvent : « votre spécificité est la clé de votre légitimité ».

Quel est le secret de votre réussite ? Et surtout, comment la faire durer ? 

Je ne sais pas si j’ai réussi, ce serait aux autres de le dire, mais ma réussite personnelle, c’est de me sentir en accord avec moi-même aujourd’hui.

J’exerce un métier où j’incarne vraiment ma singularité : J’ai toujours voulu aider les autres et je peux à présent le faire pleinement en mettant à profit mes compétences mais aussi ma personnalité, avec mon empathie, mon énergie et toute ma créativité.

J’ai l’impression que c’est aussi un bon levier pour durer mais, ça, c’est l’avenir qui le dira.

Quelle est votre devise ?

Agissez sur ce que vous pouvez maîtriser : vous-mêmes !

Quelles femmes vous inspirent ? Et pourquoi ? 

Christine Lagarde, parce qu’elle est forte, juste, qu’elle su concilier son masculin et son féminin, et faire une carrière sans faute. Et rappelons qu’elle est la femme française la plus puissante du monde tout en ayant l’un des plus forts taux de popularité.

J’admire aussi des femmes comme Sheryl Sandberg (Numéro 2 de facebook) très inspirante pour toute une génération et dont le livre « Lean in » m’avait marquée.

Et puis il y une nouvelle génération de dirigeantes comme Marion Darrieutort,  présidente de l’agence de communication Elan-Edelman qui sont elles aussi très inspirantes.

Marion incarne ce que l’on appelle « l’entreprise libérée », elle a supprimé tous les postes de direction dans son agence de 140 personnes et sait être proche de tous sans entamer son leadership.

Nathalie Hutter-Lardeau qui a créé Atlantic Santé (à Laval) est, elle,  à la tête d’une team de 14 femmes qui, elles aussi, exercent leur métier dans une ambiance d’entraide et de bien-être.

Autre femme inspirante : Evelyne Chabrot, qui sans le bac, a commencé comme assistante gouvernante dans le groupe Accor jusqu’à se hisser au poste de DRH Monde.

C’est une femme volontaire, très courageuse mais qui ne se départit jamais de son sourire et de sa bienveillance. Preuve que l’on peut réussir sans forcément imiter des codes dits « masculins ».

Vos combats, vos causes, les sujets qui vous tiennent à cœur ?

Le combat pour l’empowerment des femmes. Car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, rien n’est acquis. Beaucoup de jeunes femmes pensent aujourd’hui (comme nous il y a 20 ans), qu’elles auront les mêmes opportunités professionnelles que les hommes.

Et ce n’est souvent qu’à l’épreuve de la maternité et lorsque qu’elles réalisent que leur carrière a stagné au moment où celles des hommes prenaient leur envol, qu’elles prennent conscience des inégalités réelles qui existent encore.

Il me semble important de sensibiliser les filles – et les garçons – dès le plus jeune âge aux moyens qu’ils et elles peuvent mettre en place pour se préserver de ces inégalités.

J’ai accompagné aussi plusieurs femmes qui se présentaient à l’investiture pour ces législatives : pour que les choses changent, il est crucial d’avoir plus de femmes dans l’hémicycle pour nous représenter et établir nos lois.

Là aussi, c’est un milieu particulièrement sexiste, mais la présence accrue des femmes a de grandes chances de faire évoluer progressivement les règles et les habitudes.

Comment gérez-vous votre vie professionnelle et votre vie privée ? 

Elles sont souvent mêlées car je continue souvent de travailler une fois rentrée chez moi. Heureusement, mon compagnon et notre enfant sont très compréhensifs, en particulier quand je travaille jour et nuit, vacances et week-end compris, sur l’écriture d’un livre, ce qui, je le reconnais, est parfois dur pour eux, mais ils en sont aussi très fiers.

On dit souvent que derrière la réussite d’un homme, il y a une femme ; le contraire est aussi très vrai !

Il n’y a rien de plus précieux pour la réussite professionnelle d’une femme qu’un entourage qui l’épaule, valorise ses réussites et partage naturellement les contraintes du quotidien.

Une vie privée équilibrée reste la base de la réussite tout court, à mes yeux !

@florencesandis

www.brisezleplafonddeverre.com

 

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