Assita Kanko : Polin , l'incubateur pour les femmes en politique

Quel est votre parcours ?

Je suis née au Burkina Faso le 14 juillet 1980. Même date que la révolution française. Cela annonçait peut-être déjà la couleur. J’habite en Belgique depuis 2004 et je suis l’heureuse maman d’une petite féministe de 10 ans.

Aujourd’hui je suis auteure, entrepreneure et élue à Ixelles, une commune Bruxelloise de 80.000 habitants dont de nombreux français. En 2014 j’ai publié mon premier livre « Parce que tu es une fille. Histoire d’une vie excisée », ouvrage dans lequel je témoigne des mutilations génitales féminines que j’ai moi-même subies à l’âge de 5 ans dans son pays natal, le Burkina Faso, et de la poursuite de la liberté et du bonheur en tant que femme.

En Octobre 2015 j’ai publié mon second livre « La deuxième moitié, plaidoyer pour un nouveau féminisme » qui parle de la position de la femme dans le monde et de stratégies pour changer. Le journaliste français Franz-Olivier Giesbert a écrit la préface de ce second livre. Je suis également chroniqueuse pour le journal De Standaard et je viens de créer Polin, un incubateur politique non-partisan visant à mettre davantage de femmes au pouvoir. Au cœur de mon engagement il y a les droits des femmes.

Que veut dire Polin ?

Polin veut dire Political Incubator. C’est en même un prénom de fille qui se prononce comme « Pauline ». C’est notre alliée, notre sorte de copine de campagne. La source d’une force.

D’où vous est venue l’idée de créer cette plateforme pour accompagner les femmes en politique ? Pourquoi l’avoir créée ?

Seulement 10% des chefs d’Etat sont des femmes. Or nous représentons plus de 50% de la population mondiale. C’est injuste. Le pouvoir est toujours un monde d’hommes et les femmes font face à de nombreux obstacles comme la charge mentale et les réunions tardives, la violence du sexisme y compris sur internet et la dévalorisation quand elles montrent leurs ambitions.

Comment fonctionne Polin ?

Polin est un incubateur politique qui vise à mettre plus de femmes au pouvoir et changer la politique. Il s’adresse à toutes quelles que soient leurs couleurs politiques et qui va renforcer la collaboration entre elles.

Aujourd’hui, on se contente souvent du diagnostic du sexisme sans changer les choses. Les femmes ne se parlent pas assez, alors que si on se parlait suffisamment on se renforcerait mutuellement.

Dans ce but et pour se donner les outils pour réussir, nous allons organiser un forum annuel, dont la première édition a eu lieu le 7 février dernier à Bruxelles.

Nous ferons prochainement des événements ponctuels d’accompagnement et de Networking via la Polin Academy dont la première rencontre aura lieu en avril. Aussi Polin aura une plateforme internet au services des élues et des candidates.

Comptez-vous étende ce réseau en France ou dans d’autres pays ?

Si nous pouvons travailler en collaboration avec d’autres réseaux à l’étranger nous le ferons mais pour l’instant nous allons nous concentrer sur la Belgique qui a ses spécificités et si nous allons à l’étranger ce sera toujours en collaboration avec un ou plusieurs réseaux sur place.

Quelles sont vos ambitions ? Vos projets pour Polin ?

Pour Polin il y a deux objectifs cette année. D’abord développer la Polin Academy et ensuite sortir le livre de Polin que j’écris en ce moment et qui paraîtra en septembre.

L’envie de développer Polin est plus forte que mon envie de me présenter aux élections cette année dans ma circonscription où je suis élue depuis 2012. Cette semaine je me suis donc retirée de la liste pour me consacrer à Polin et contribuer à mettre plus de femmes au pouvoir. C’est un choix positif. Pendant la Polin académy on aura des formations spécifiques suivies de moments de networking.

Quelles sont les femmes qui vous inspirent ? Pourquoi ?

Je pense immédiatement à Simone de Beauvoir. Elle a osé être elle-même à une période où cela n’était pas évident. Elle a pris la parole sans attendre qu’on la lui donne. Grâce à elle, à ses livres que j’ai lus pendant mon adolescence dans mon pays natal au Burkina Faso, je suis devenue une féministe qui s’assume.

Je suis devenue intellectuellement libre et c’était un déclic nécessaire à mon épanouissement et à la poursuite de mon engagement féministe. Grâce à Simone de Beauvoir, j’ai compris la puissance de l’écriture. Du coup j’écris. Ecrire c’est ma façon de rendre ce qui m’a été donné.

D’autres femmes m’inspirent aussi car elles osent vivre leur talent pleinement. Par exemple Oprah Winfrey outre atlantique ou plus près de chez nous Aurore Berger une députée d’en marche qui a de l’audace et du talent.

De nombreuses jeunes femmes devraient suivre son exemple. J’ai une admiration totale pour Simone Veil mais aussi pour un homme comme Jean d’Ormesson. Son discours lors de l’élection de Margueritte Yourcenar à l’Académie française était un délice.

« Y aura deux toilettes : Messieurs et Marguerite Yourcenar ». C’est symbolique mais cela dit également à quel point l’arrivée d’une femme notamment grâce à jean d’Ormesson allait bouleverser l’Académie Française. Nous devons faire cela partout en politique.

Bouleverser l’ordre établi. Et à nos côtés nous avons avons besoin d’hommes lucides et bienveillants comme Jean d’Ormesson.

T W I T T E R @Assita_Kanko

www.polin.be 

www.assitakanko.be/nl

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