Bouchera Azzouz, réalisatrice, auteure et présidente de l’association les Ateliers du Féminisme Populaire

Bouchera, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Bouchera Azzouz, réalisatrice, auteure et présidente de l’association les Ateliers du Féminisme Populaire.

Je suis la troisième d’une fratrie de 10 enfants, j’ai endossé très jeune la fonction « d’adjointe-mère » qui m’a forgée, depuis l’enfance, à la fois par ma curiosité au monde et plus particulièrement à la condition des femmes immigrées.

Cette prise de conscience qu’être « femme » est une épreuve de tous les jours a fait que j’ai structuré avec les années une approche empirique du « féminisme » qui deviendra à force de luttes et de réflexion, le « féminisme populaire ».

Traverser par les questions de l’identité, je raconte au travers de mes reportages, mes livres comment je me suis construite entre mon identité « d’immigrée » et celle de citoyenne en devenir.

 

Comment vous êtes-vous initiée à l’action associative en cité ? Qu’est-ce qui vous a motivée a créer l’association Féminisme populaire ?

Ma mère était couturière au Maroc. Ce qui est drôle c’est que là-bas elle ne fabriquait que des robes à la mode de Paris.

Arrivée en France, elle ne faisait plus que des robes traditionnelles pour le trousseau des jeunes mariées. Le salon de notre appartement HLM à la cité de l’Amitié était le lieu de ralliement de toutes les maghrébines de Bobigny.

Très vite, la nouvelle qu’une couturière marocaine était installée là, s’était diffusée dans tout le 93, si bien que les clientes venaient de partout.

J’étais plongée très très jeune, dans le monde compliqué douloureux, des femmes que j’entendais parler dans le salon de ma mère.

Elle racontait l’exil, les problèmes de couple, mais aussi leurs joies, les enfants, la vie dans ces cités…..

J’étais curieuse, fascinée….mais ma mère m’interdisait de poser des questions, de parler…. Je ruminais….. en grandissant, je suis devenue la bras armé de ma mère. Mon arme c’était ma plume.

En tous cas cette vie entourée de femmes a forgé minutieusement mon engagement féministe. Mais j’aime à dire que je suis une féministe à l’arrache, une féministe qui puise sa conscience de l’expérience.

C’est la confrontation à la dure réalité à la fois sociale et culturelle qui a fait naître en moi ma révolte.

La condition des filles de ma génération, c’est-à-dire la première génération post-coloniale née en France après l’indépendance de l’Algérie a été une génération particulièrement éprouvée.

Nous avons été prises en étau, entre deux difficultés majeures, le racisme de la société sur laquelle pesait encore très lourdement la guerre d’Algérie, et nos familles, encore marquées par la colonisation et pour qui l’intégration n’était pas un sujet.

Avec notre génération, c’est une page qu’il a fallu tourner, et une nouvelle manière d’être, de se penser libre, dans un pays où tout était à construire.

Nous avons donc dû faire avancer deux principes, celui de l’égalité, mais aussi celui de la liberté. Nous avons été ces premières femmes qui ont fait évoluer les modus vivendi dans la douleur et les conflits.

Comme des funambules, oscillant sur un fil ténu, entre respect des traditions, de notre histoire et cette identité hybride qui était la nôtre.

Alors très naturellement, dans tous ces questionnements que soulevait ma condition de fille immigrée et française et banlieusarde et de petite condition sociale, j’ai poussé petit à petit cette réflexion qui m’a emmenée à construire mes luttes spécifiques tout en cherchant à converger vers celles qui déjà structuraient la société française.

La question centrale, c’est comment intégrer les luttes systémiques, pour s’appuyer sur la force des combats qui nous ont précédés, dépasser la seule question de l’immigration pour se penser comme appartenant à la classe populaire.

Poursuivre inlassablement ce combat pour la justice sociale, l’égalité des chances, l’égalité, la fraternité, la solidarité. C’est de cette préoccupation que j’ai conceptualisé avec mon amie et sœur de combat, Ouardia Sadoudi, le Féminisme Populaire.

Extraire le combat émancipateur des femmes, de la seule question raciale, pour préserver intact la question fondamentale, celle de la question sociale.


Comment avez-vous découvert votre passion pour l’écriture et la réalisation ?

Quand on me demande de me définir, je dis que je suis une militante féministe. Tout le reste pour moi, n’est qu’un moyen de partager mes réflexions, mon regard sur la société, sur la condition humaine, sur les rapports sociaux.

Mais pour dire vrai, je ne pensais pas un jour faire des films et écrire des livres, tout cela me semblait très loin de mon univers.

J’ai toujours écrit depuis l’enfance, j’écrivais des nouvelles, des poèmes, mais je me cachais toujours. J’ai mis longtemps à assumer cela et aujourd’hui je me sens complexée parce que je n’ai pas fait de brillantes études littéraires, mais de médiocres études scientifiques.

J’aime particulièrement faire du documentaire. C’est une forme d’écriture qui me passionne et le prolongement de cette curiosité de l’être humain forgée à l’enfance.

J’aime les gens, leurs histoires, leurs vies, leurs fragilités et leur grande force. Avec chaque documentaire je vais à l’assaut d’histoires singulières, mais dont on se rend très vite compte qu’elles vibrent en chacun d’entre nous.

C’est ma manière de donner sens à l’humanisme et l’universalisme. Pour moi, transformer les imaginaires est fondamental si nous voulons parvenir à changer les mentalités et accompagner les avancées législatives.

www.feminismepopulaire.com

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